L’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE) peut, sous conditions précises, continuer d’être versée au-delà de l’âge légal de départ à la retraite. Ce dispositif, appelé maintien des droits à l’ARE, concerne les demandeurs d’emploi qui n’ont pas accumulé suffisamment de trimestres pour obtenir une retraite à taux plein au moment où ils atteignent l’âge légal. Comprendre les mécanismes en jeu suppose de distinguer trois notions : l’âge légal, le taux plein et les bornes d’âge spécifiques aux seniors.
Âge légal et retraite à taux plein : deux seuils à ne pas confondre
L’âge légal de départ à la retraite correspond au moment où un assuré peut formuler une demande de pension. Franchir ce seuil ne garantit pas une pension sans abattement.
La retraite à taux plein est conditionnée au nombre de trimestres cotisés. Pour un assuré né en 1965, un nombre précis de trimestres doit être validé afin d’éviter toute décote. En dessous de ce seuil, la pension subit une réduction proportionnelle au nombre de trimestres manquants.
C’est sur cette distinction que repose le maintien de l’ARE. France Travail interrompt normalement l’allocation dès que le demandeur d’emploi atteint l’âge légal. La ressource détaillant la prolongation du chômage sur Investinor précise que le versement ne se prolonge que si le demandeur n’a pas encore réuni les trimestres nécessaires au taux plein.
L’indemnisation cesse définitivement à l’âge du taux plein d’office. À cette borne, la pension est attribuée sans décote, indépendamment du nombre de trimestres validés.

Conditions du maintien de l’ARE au-delà de l’âge légal
Le maintien ne s’applique pas de plein droit. France Travail exige la réunion de plusieurs critères cumulatifs pour prolonger le versement après l’âge légal.
- Être indemnisé au titre de l’ARE à la date où l’on atteint l’âge légal de départ à la retraite, avec une inscription active comme demandeur d’emploi.
- Ne pas disposer du nombre de trimestres requis pour une retraite à taux plein au régime général.
- Justifier d’au moins douze ans d’affiliation à l’assurance chômage, dont une année continue ou deux années discontinues au cours des cinq dernières années de travail.
- Totaliser au moins cent trimestres validés au titre de l’assurance vieillesse.
Si l’un de ces critères fait défaut, l’ARE s’arrête à l’âge légal. Le demandeur doit alors liquider sa retraite, même avec décote.
Démarches auprès de France Travail
Un relevé de carrière récent est généralement demandé pour attester du nombre de trimestres validés. Ce document se télécharge sur le site de l’Assurance retraite et permet de démontrer que le taux plein n’est pas atteint.
France Travail peut également exiger une attestation de situation vis-à-vis de la retraite. Ce document confirme que le demandeur n’a liquidé aucune pension de retraite anticipée (carrière longue, handicap). Les bénéficiaires d’une retraite anticipée sont exclus du dispositif de maintien.
Bornes d’âge et durées d’indemnisation des seniors depuis avril 2025
Les règles d’indemnisation des seniors ont été modifiées au 1er avril 2025. Les principales bornes d’âge ont été relevées de deux ans. La période de référence pour calculer les droits passe à 36 mois à compter de 55 ans, contre 53 ans auparavant.
Les durées maximales d’indemnisation dépendent de l’âge à la fin du contrat : 22,5 mois entre 55 et 56 ans, puis 27 mois à partir de 57 ans, pour les licenciements et fins de CDD.
Rupture conventionnelle : une durée réduite à surveiller
Le mode de rupture du contrat influe désormais directement sur la durée des droits. Pour les ruptures conventionnelles individuelles dont le contrat prend fin à partir du 1er septembre 2026, la durée maximale d’indemnisation est réduite à 20,5 mois pour les personnes de 55 ans et plus, contre 27 mois en cas de licenciement ou de fin de CDD.
Cette différence modifie la stratégie de fin de carrière. Un salarié de 57 ans qui négocie une rupture conventionnelle disposera de plusieurs mois d’indemnisation en moins qu’un salarié licencié au même âge. Si les droits expirent avant l’âge requis, le maintien de l’ARE jusqu’au taux plein devient impossible.

Trimestres validés pendant le chômage : impact sur le calcul de la retraite
Les périodes de chômage indemnisé permettent de valider des trimestres assimilés. Ces trimestres comptent dans la durée d’assurance et contribuent à atteindre le taux plein.
Leur portée reste limitée : ils ne génèrent pas de salaire reporté au compte et ne contribuent donc pas à relever le montant de la pension. Leur fonction se cantonne à réduire ou supprimer la décote.
Vérifier son relevé de carrière avant toute décision
Demander un relevé de carrière actualisé auprès de l’Assurance retraite reste le seul moyen de connaître avec précision le nombre de trimestres validés. Des erreurs persistent régulièrement : périodes non reportées, employeurs disparus, activités à l’étranger ignorées.
Corriger ces anomalies avant d’atteindre l’âge légal peut faire basculer la situation. Un trimestre manquant ou mal enregistré peut séparer un maintien de l’ARE d’une obligation de liquider avec décote.
Le dispositif de maintien de l’ARE jusqu’à la retraite à taux plein constitue un filet de sécurité pour les demandeurs d’emploi seniors à qui il manque des trimestres. Avec le relèvement des bornes d’âge et la réduction de durée liée aux ruptures conventionnelles, la date et le mode de fin de contrat conditionnent directement la possibilité de couvrir la période restante jusqu’au taux plein.



